Les Oxenberg & les Bernstein

Les Oxenberg & les Bernstein

Mihuleac, Catalin

Les Éditions Noir sur Blanc

  • par (Libraire)
    20 octobre 2020

    Conseillé par Stéphanie et Manon R.

    "Les Oxenberg et les Bernstein" s'ouvre par un prologue qui donne immédiatement le ton au livre. Dans ce prologue, Suzy Bernstein s'adresse directement au lecteur. Elle nous apprend que l'Amérique donne et que la famille de son mari achète, trie, recycle et revend sur le marché ce que l'Amérique a donné. Les produits "Vintage" sont devenus la spécialité et la raison de la fortune des Bernstein.
    Ce que Suzy Bernstein nous dit aussi, c'est qu'elle a cherché un écrivain roumain sans agent et pas trop ventripotent pour lui confier une double mission : lire et retravailler les pages qu'elle a elle-même écrites sur sa vie afin de les entrelacer avec une autre histoire qui lui a été "offerte clé en main" nous confie-t'elle. C'est ainsi que l'écrivain Cătălin Mihuleac a été choisi!
    Le lecteur, après avoir découvert la façon dont Sânziana, future Suzy, rencontra son mari en Roumanie, se trouve plonger soixante ans en arrière dans la ville de Iaşi. Plus précisément au sein d'une famille juive : les Oxenberg. Monsieur est gynécologue et réputé dans toute la ville comme étant un obstétricien "aux doigts beethovéniens". Il vient d'offrir une voiture à sa charmante épouse. Ils forment une séduisante famille, entourés de leurs enfants Lev et Golda, et d'Elisa la grand-mère. Mais nous sommes en 1938 dans la deuxième plus grande ville roumaine et si les Oxenberg ne veulent pas admettre la montée de l'antisémitisme et du fascisme, le lecteur lui, le perçoit avec inquiétude.
    Il y a un secret caché quelque part. On le sent. Il y a forcément un lien entre ces deux familles, on le sent aussi. Et Cătălin Mihuleac nous tient en haleine grâce à un don pour la narration et un humour caustique.
    Quand ce roman est paru en Roumanie et en Allemagne, il a fait beaucoup parlé de lui car pour la première fois un livre évoquait ouvertement le pogrom effroyable et trop ignoré par l'Histoire : celui de Iaşi en 1941.
    Alors l'auteur n'épargne rien à son lecteur mais il a su trouver le ton pour nous faire osciller entre larmes et sourires pour nous raconter des histoires de vies presque ordinaires bouleversées par la grande Histoire.


  • 15 octobre 2020

    « On ne peut pas emporter son pays à la semelle de ses souliers » 2001, Sânziana Stipiuc vit en Roumanie et est chargée d’accueillir Dora et son fils Ben Bernstein, juifs américains, à la tête d’une entreprise de vêtements « seconde main ». Coup de foudre réciproque et départ de Suzy, ainsi que la surnomme aussitôt Dora, pour épouser Ben. Suzy devient l’indispensable ambassadrice de Bernstein Vintage Ltd en Roumanie et auprès de nombreux clients. Elle se heurte toutefois à l’insensibilité de Dora, véritable belle-mère envahissante et pénible. Soixante ans plus tôt, en Roumanie, à Iasi, vit la famille Oxenberg dont le père Jacques est un obstétricien réputé et adoubé par les huiles au pouvoir. Iasi… Aux Etats-Unis le titre original est « America de peste pogrom ». Iasi… Tabou de l’histoire roumaine, tombé dans un oubli coupable. Et pourtant. Catalin Mihuleac mêle et mène les deux époques en alternance pour donner au roman une puissance croissante. Elle offre à ses personnages une épaisseur, un visage, une histoire qui, au moment de la déflagration narrative, laissera le lecteur pantois et abasourdi. Avec un humour très « bénignien » (Roberto pour les intimes), un détachement très subtil et une description sans jugement ni avis moralisateur, elle offre des pages d’une grande justesse et d’une émotion palpable. Bien sûr les deux histoires se rejoignent. Balloté par l’histoire en un torrent déchainé Dora n’est pas cette mégère non apprivoisable. La grande force de ce livre est son ton. Dans l’ordinaire du quotidien le lecteur se glisse dans la vie de ces deux familles, des caves au grenier jusqu’au plus petit détail. Se glisser dans leurs vies pour mieux cerner l’absurdité et la bêtise de l’homme. Alors les scènes déjà insoutenables le deviennent encore plus encore. Grand livre simplement. Et laissons Joe, père de Ben et mari de Dora, personnage si attachant conclure en complétant la citation initiale : « mais il reste toujours quelques chose dans le talon ».

    In Magazine Initiales - Novembre 2020


  • par (Libraire)
    9 août 2020

    Secrets bien gardés

    Dans ce premier traduit du roumain, on va suivre l'histoire de deux familles. Tout d'abord les Bernstein, des juifs américains, dans les années 90, spécialisés dans le commerce du « vintage » de la seconde main, un marché juteux en période de crise et surtout avec un fort potentiel à l'export. Ils emploient une femme pour s'occuper du marché roumain, elle devient l'épouse du fils de cette famille tenue d'une main de maître par une matriarche, Dora, au caractère intransigeant. Sur le vieux continent, les Oxenberg dont le patriarche, Jacques, est un obstétricien juif roumain, spécialisé dans les césariennes, qui a accouché de nombreuses femmes de la haute société catholique au moment où éclate la 2nde Guerre Mondiale. On perd la trace de Jacques et sa famille avec le pogrom de Iasi en 1941. Quelle histoire, quel destin, réunit ces deux familles à 50ans d'intervalle ? Un secret du passé enfoui, caché par les apparences et qui resurgi lorsque la belle-fille de Dora commence à s'intéresser de près à ce pogrom. Un roman doux-amer, toujours sur le fil, entre le rire et le désespoir propre à l'humour juif. Derrière le côté parfois léger, une tragédie forte et émouvante qui mérite d'être lue, connue.


  • 7 mars 2020

    Un livre fort et fort bien écrit!

    L' ayant déjà lu en roumain, j'aimerais recommander et donner mon avis sur ce livre que j'ai trouvé fascinant! Une fois commencée la lecture de ce roman on a du mal à l'abandonner. C'est une fiction mais s'appuyant sur des événements réels de l'histoire des Juifs en Roumanie pendant la deuxième Guerre Mondiale. Des personnages très attachants, présentés avec finesse psychologique. Un suspens qui croît graduellement vers un final vibrant de mystère! Tout cela présenté avec un art de manier la plume où brille le talent pour l' écriture de Cătălin Mihuleac: un style vif, un ton d'ironie fine ou de tendre dérision persifleuse, débordant d' humour savoureux mais ne manquant pas d'une musicalité souterraine et d'une poésie intrinsèque des phrases. La fin du livre apporte un message d'acceptation et de tolérance entre les humains fort et plein de sensibilité. C' est un livre qui hante le lecteur longtemps après avoir lu la dernière page.