Corneille, Shakespeare et Goethe, Etude sur l’influence anglo-germanique en France au 19e siècle
Éditeur
Editions Homme et Litterature
Date de publication
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Corneille, Shakespeare et Goethe

Etude sur l’influence anglo-germanique en France au 19e siècle

Editions Homme et Litterature

Offres

  • AideEAN13 : 9782491962081
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    • Fichier Mobipocket, libre d'utilisation
    • Lecture en ligne, lecture en ligne
    5.49
Que l’on se représente un Européen, un homme de la civilisation, transporté
pour la première fois sous les tropiques, le premier sentiment qu’il éprouvera
à la vue de la végétation exubérante de ces contrées, ce sera sans doute
l’étonnement, l’admiration. Mais lorsqu’il se sera familiarisé avec l’aspect
étrange et pittoresque du pays, ne se sentira-t-il pas pénétré peu à peu d’une
série de surprises charmantes, en retrouvant au milieu de tant de produits, en
apparence étrangers, ceux auxquels il a été habitué dès son enfance, les
vulgaires ingrédients même de tout ménage européen, tels que le thé, le café,
le sucre, les épices, tant de denrées connues, tant de vieux amis, pour ainsi
dire, qu’il voit là pour la première fois vivant de leur grande vie, se
développant sur leur sol natal, dans toute la vigueur et la beauté de leur
nature primitive ? Tel a dû être, sans doute, le sentiment des premiers
voyageurs français qui ont traversé le Rhin pour venir étudier en Allemagne la
littérature et les mœurs. L’impression d’étrangeté produite par une langue
inconnue et des physionomies nouvelles une fois surmontée, ils ont dû
reconnaître dans cette Allemagne si calomniée, sur cette terre un peu barbare
à leurs yeux, le digne berceau de grandes institutions, de sublimes
découvertes. Ils ont dû saluer avec joie cette grande usine intellectuelle
d’où nous est venue _la poudre à canon_ , qui a mis fin au moyen âge et à la
barbarie, _l’imprimerie_ , qui a fondé la société moderne sur le principe de
la liberté, _la Réforme_ , qui a spiritualisé le christianisme et l’a rendu
apte à se fondre dans les institutions publiques et à les conduire au progrès.
L’Angleterre était beaucoup plus connue des Français, surtout au point de vue
politique, mais, littérairement parlant, elle l’était assez mal. Chateaubriand
dit lui-même dans son _Essai sur la littérature anglaise_ : « Lorsqu’en 1792,
je me réfugiai en Angleterre, il me fallut réformer la plupart des jugements
que j’avais puisés dans les critiques de Voltaire, de Diderot, de La Harpe et
de Fontanes. » Il fallut qu’un courant électrique passât sur toute l’Europe et
lui imprimât le même élan, la même secousse douloureuse, pour que Français,
Anglais, Allemands se rapprochassent par le sentiment et par l’imagination, et
produisissent ensemble, au moyen de contrecoups réciproques, ce grand réveil
littéraire du xix e siècle, qu’on a baptisé du nom de _romantisme_.
S'identifier pour envoyer des commentaires.