Introduction aux Existentialismes
Éditeur
Le Mono
Date de publication
Langue
français
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Introduction aux Existentialismes

Le Mono

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  • Aide EAN13 : 9782381112473
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La dernière absurdité du siècle devait être la mode de l'existentialisme : la
livraison au bavardage quotidien d'une philosophie dont tout le sens est de
nous arracher au bavardage. Naguère, les étourdis avaient assez d'instinct
pour ne boire que de la mousse de pensée, quand ils tenaient à griser leur
étourderie de belles raisons. Les étourdis sont aujourd'hui si étourdis qu'en
veine d'excitants, ils ont piqué juste sur l'essaim de doctrines qui introduit
toute réflexion par une condamnation à mort de l'étourderie. Ils ne le savent
même pas. La détresse du monde enfermée entre les limites d'un café où l'on
cause, et voilà leurs chers cœurs apaisés. Tel est le premier malheur de
l'existentialisme. Mais ce malheur grotesque éveille déjà l'intérêt : la
dérision, en général, fréquente les parvis des dieux.

Un malheur ne vient jamais seul. S'il est un mot qui semblait s'annoncer par
lui-même sans erreur possible, c'est bien celui d'existentialisme. Mais quand
il quitte la société des philosophes pour se lancer dans le monde, il va
justement désigner une vogue qui fait du néant l'étoffe de l'existence.
Personne ne se doute, hors quelques cercles plus avertis, que l'«
existentialisme » représentait déjà le courant le plus riche et le plus
abondant de la philosophie contemporaine en un temps où le grand talent de
Jean-Paul Sartre s'intéressait à la confiture sous des aspects plus immédiats
que ceux de la psychanalyse existentielle. Il n'est pas question d'user de
représailles et d'exclure Jean-Paul Sartre de l'existentialisme, parce que
l'aile mondaine de son influence se livre à une escroquerie d'étiquette. Mais
il n'en est pas moins temps de rendre à chacun son dû et, écartant le tumulte
de la mode, de ramener ce mélange d'existentialisme et d'inexistentialisme,
qui constitue le sartrisme, à sa situation propre : le dernier surgeon d'une
des traditions existentialistes, tradition qui, issue de Heidegger, s'est
elle-même constituée en opposition radicale avec les fondateurs de la
philosophie moderne de l'existence. Notre dessein est de rétablir ici cette
tradition dans son ampleur oubliée. Aucune n'a plus à dire, en effet, au
désespoir de l'homme contemporain. Mais son message n'est pas un message de
désespoir. Aucune ne l'arme mieux contre ses folies. Mais elle propose mieux,
contre les folies aveugles, qu'une folie lucide.

À la rigueur, il n'est pas de philosophie qui ne soit existentialiste. La
science arrange les apparences. L'industrie s'occupe des utilités. On se
demande ce que ferait une philosophie si elle n'explorait l'existence et les
existants.

Cependant, on attache plus volontiers le nom d'existentialisme à un courant
précis de la pensée moderne. En termes très généraux, on pourrait caractériser
cette pensée _comme une réaction de la philosophie de l'homme contre l'excès
de la philosophie des idées et de la philosophie des choses._ Pour elle, non
pas tant l'existence dans toute son extension, mais l'existence de l'homme est
le problème premier de la philosophie. Elle reproche à la philosophie
traditionnelle de l'avoir trop souvent méconnu au profit de la philosophie du
monde ou des produits de l'esprit.
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