Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La bête de l'Aven, Les enquêtes de Fañch Le Roy

Les enquêtes de Fañch Le Roy

Palémon

10,00
par
2 mars 2019

Nouvelle enquête de Faňch Le Roy, après le très bon Le manuscrit de Quimper. Et cette fois-ci encore, très bon moment passé dans la Bretagne du XIXe siècle. François Lange écrit ses enquêtes en à peine 200 pages, ce qui est très bien, rien ne manque, rien n'est en trop. Peut-être lui faudra-t-il néanmoins décrire plus intimement son héros, mais cela viendra, pour le moment, il parle admirablement de la région, de ses us et coutumes et des gens de l'époque. C'est vraiment très agréable, car bien écrit, fluide, limpide. L'histoire se suit très facilement et l'on se prend au jeu de savoir qui a commis les crimes et comment Faňch et Corentin vont conclure les deux affaires qui les lient.

Et ces deux intrigues, si elles ne révolutionnent pas le genre, sont mises en scène fort habilement et encore une fois, dans un cadre original et fort présent. Pas de temps mort dans ces pages. On y croise des personnalités réelles qui elles, rencontrent des personnages de roman – à chaque fois, une note de bas de page indique que telle ou telle personnalité a vraiment vécu et parle de son lien avec la Bretagne. J'aime beaucoup ce genre de romans qui nous font passer un très bon moment en s'échappant quelques instants de notre réalité, de nous rappeler comment vivaient nos aïeux. La mission est très largement remplie, j'en redemande, car je suis certain que Faňch va revenir. Il ne peut en être autrement.

Funérailles molles
24,50
par
2 mars 2019

Assez gros roman de presque 500 pages qui pourtant se lit vite, tant il est écrit simplement, comme quelqu'un qui nous raconterait une histoire. Si l'on met de côté quelques répétitions superflues, des circonvolutions pour décrire des situations, des faits, qui me gênent moi qui aime bien la ligne directe – mais qui semblent être la marque de la littérature et de la culture chinoises –, de nombreux patronymes qui se ressemblent – qui parfois ne diffèrent que d'une lettre ou d'un signe – et de multiples personnages qui me perturbent m'obligeant à faire de gros efforts pour savoir de qui on parle, eh bien disais-je si l'on met cela de côté, on a en mains un roman particulièrement intéressant et attachant.

Il commence avec la vie de cette femme qui a oublié son enfance et qui, petit à petit renonce à la retrouver : "Oublier n'est pas forcément une trahison, c'est souvent ce qui permet de vivre, lui avait le docteur Wu." (p.12) Quelques phrases font mouche et touchent tels des aphorismes. Puis, l'auteure oublie un peu Ding Zitao pour s'intéresser à son fils et l'on peut imaginer que leurs deux histoires se rejoindront sur les thèmes principaux du livre : l'oubli et le devoir de mémoire.

Le roman aborde aussi la Réforme agraire des années 50 pendant laquelle, les propriétaires terriens furent parfois obligés de se donner la mort pour éviter les séances de luttes autrement dit des séances publiques d'accusation se finissant souvent mal pour eux. Un pan connu mais pas dans les détails de l'histoire de la Chine dont parle Fang Fang, considérée comme l'une des grandes écrivaines de Chine même si ce roman, pourtant primé, a choqué les ultraconservateurs du pays. Il est vrai qu'il montre bien les exactions commises au nom de la doctrine communiste qui n'a pas toujours profité aux plus pauvres.

Exotique, historique, instructif, et en guise de conclusion, le court dialogue extrait du livre et qui, en quatrième de couverture – ne lisez que cela, pas la suite qui divulgue trop de l'intrigue – explique le titre étrange de ce roman :

"Je veux être enterrée dans un cercueil, dit la grand-mère.
- On n'a pas de cercueils prêts, que va-t-on faire ? demanda la troisième tante.
- Des funérailles molles, répliqua tout bas le beau-père de Daiyun, la mine soudain très sombre.
- Je ne veux pas de funérailles molles, s'écria la belle-mère de Daiyun en pleurant encore plus fort, si on est inhumé ainsi, on ne peut pas se réincarner."

Une famille presque parfaite
par
2 mars 2019

Qu'il est étrange et bon ce roman qui débute par une description assez précise de la vie très rangée et rituelle de Zerin. Dimitris Sotakis décrit par le menu ses habitudes, ses faits et gestes sans jamais nous ennuyer, au contraire, on sent dès le début que cet homme va changer, qu'il va faire des choses inattendues. Et on n'est pas déçu. Je n'en dirai pas plus pour ne rien divulguer, même si, ne vous méprenez pas, nous ne sommes ni dans un thriller ni dans un polar. Néanmoins, l'auteur est habile à nous mettre dans une situation dont on sent bien qu'elle va exploser ou au minimum qu'elle ne pourra pas se finir de façon normale.

Il décortique les relations entre ce riche rentier et cette famille qui lui est vite redevable comme personne avec un humour noir très présent. Lire ce roman est un ravissement, Dimitris Sotakis ne se départit jamais de l'humour précédemment cité et d'une certaine normalité pour décrire des événements assez terribles. Iceux sont décrits comme naturels, et il les alterne avec des faits on ne peut plus banals comme le fait d'aller acheter son pain, par exemple. Son roman est traversé de part en part par une ambiance noire.

Pas de tension, de ressort de polar dans ce roman qui, je vous l'ai écrit plus haut, est un pur moment de plaisir. Franchement, si vous aimez être surpris par une ambiance un peu bizarre, des personnages pas très recommandables et/ou pas prévisibles, dont on a de la peine à deviner les futurs agissements – ce qui augmente la sensation de bizarrerie –, par une écriture ciselée, précise, n'hésitez pas, j'ai le livre qu'il vous faut !

L'inspecteur Dalil à Paris
par
2 mars 2019

Un polar comme je les aime. Court, avec des héros rugueux, pas forcément sympathiques, ni antipathiques. Ils ont des humeurs, des emportements, des avis tranchés et restent avant tout des professionnels de la traque des malfrats. Dalil a ce petit plus d'avoir sa Petite Voix qui lui parle et à laquelle il répond. Un peu désabusé, un peu à côté, un peu vieux, un peu has-been, c'est l'image qu'il donne aux autres, qui devraient se méfier, car la nonchalance de Dalil cache une grande réflexion, une capacité de déduction et une intelligence de haut vol.

Soufiane Chakkouche a la bonne idée d'enjoliver son texte, déjà fort plaisant, décalé, de réflexions drôles, de remarques qui jouent sur les mots, les expressions, Dalil parle certes bien le français mais pas parfaitement l'argot ni même le jargon des flics parisiens. Et dès le début, dès que je lis le portrait suivant de Dalil, je sais que la suite sera à mon goût :

"À vrai écrire, Dalil était à l'adolescence de la vieillesse ; il entrait dans sa soixante et unième année, mais il en faisait 51, et il s'en foutait éperdument. "Comment peut-on ressembler à un chiffre ?" avait-il l'habitude de répondre à ceux qui le saupoudraient d'un tel compliment. Cette illusion physiologique était principalement due à deux attraits de son physique : sa ligne et ses cheveux." (p.8)

Et la suite ne m'a pas déçu, bien au contraire. J'ai pu visiter Paris avec les yeux de Dalil, qui fait un peu comme quand moi j'y vais avec mes yeux de provincial : une certaine innocence et un émerveillement évident en même temps qu'un agacement de la pollution et du bruit. Voilà un roman qui met le terrorisme en fond sans pour autant être plombant, angoissant. Une belle enquête d'un flic atypique à qui on ne la fait pas. Un héros qui gagnera à être rencontré de nouveau et qui, très franchement, sans jamais faire qu'on veuille le revoir – il cultive sa liberté, sa solitude et une certaine agoraphobie –, donne au lecteur très envie de le revoir.

L'outil et les papillons
par
2 mars 2019

Dmitri Lipskerov est l'auteur d'un roman paru chez Agullo, l'an dernier, classé dans mes Coups de cœur, Le dernier rêve de la raison. Il récidive avec ce dernier roman, absolument génial, foisonnant, explosif. Les trois histoires, plus toutes les intrigues secondaires, qui sont nombreuses, se rejoignent évidemment. Elles se mêlent, s’entremêlent, se croisent et convergent toutes vers Arseni Iratov, le personnage principal.

Dmitri Lipskerov joue avec les genres du roman, il y a un peu de fantastique, de la saga familiale totalement déjantée, déstructurée qui explose les codes, les cadres. Il s'amuse sans doute, nous distrait sûrement. C'est le style de bouquin qui bien que comptant presque 400 pages ne se lâche pas une seconde. On a l'impression que ça part dans tous les sens, de tous les coins de la Russie, qu'énormément de thèmes y sont abordés et tout cela est vrai, sauf que c'est diablement maîtrisé. On y parle donc de paternité, de féminité, de la pauvreté en Russie, de la manière dont certains riches s'enrichissent, de politique, de religion, de l'histoire du pays. Finement, l'auteur aborde ces questions, de manière romancée et forte avec l'air d'écrire une farce.

Le texte est formidable, le travail de la traductrice Raphaëlle Pache également, le tout donnant un livre rare et franchement barré, original et fou, drôle et absurde. J'ai lu que Dmitri Lipskerov est considéré comme l'un des écrivains les plus marquants de la Russie actuelle, je le crois sans peine tant ce qu'il m'a montré sur les deux romans parus chez Agullo – très belle jeune maison qui fait un fameux travail de découverte – est remarquable.